Après 20 ans chez Nikon, je passe chez Sony
Switcher du D850 à l’A7RV
Une fois n’est pas coutume, je vais faire un billet hardware. Pas par nostalgie de l’époque Clubic déjà lointaine… Non simplement parce que j’ai récemment opéré un gros moove, de ceux qui marquent une vie de photographe : j’ai changé de marque de boîtier photo. Après 20 ans de nikonisme, me voilà chez Sony. Peut-être que ce retour d’expérience en intéressera d’autres. Nota bene : c’est un simple avis pratique que je vais livrer ici, pas une grosse review tech.
A gauche le D850, à droite l’A7RV
D’abord, je dois confesser que j’avais plus besoin qu’envie de changer. Mon valeureux D850 acheté en 2018 venait de dépasser les 330 000 déclenchements. Il ne bronchait pas, mais comme c’est mon boîtier principal, je ne voulais pas attendre qu’il défaille chez un client pour songer à un successeur. Et je savais déjà que mon prochain boîtier serait hybride. Les reflex arrêtés, toute la R&D se concentre depuis plusieurs années sur les hybrides. Suivis de firmware, parc d’optiques, etc…
Et entre la visée reflex et l’EVF, j’ai vite pesé le pour et le contre. Avoir l’aperçu direct de l’exposition et de la balance des blancs dans le viseur, c’est un confort incroyable en reportage. Notamment avec des lumières changeantes. Ou encore pour utiliser des optiques manuelles et avoir une loupe d’assistance à la mise au point. Bref, je n’allais pas reprendre un D850. Mais pas non plus un Z8, le successeur direct hybride chez Nikon.
Pour deux raisons principalement. Déjà, rester chez Nikon ou changer de crémerie, dans tous les cas j’étais bon pour changer tous mes objectifs. Certes en restant chez Nikon, j’aurais pu avoir un sursis avec la bague d’adaptation mais l’idée c’était d’exploiter tous les bienfaits de la monture native. Et mes objectifs aussi avaient pris un coup de vieux.
A partir de là, le premier argument qui a motivé ma décision, c’est l’ouverture du parc Sony vs l’approche fermée de Nikon. Par exemple, je voulais commencer avec un 24-70 mm f2,8. Chez Nikon, il n’y a que le zoom Nikon maison à 2600 €. Moi j’apprécie beaucoup les optiques Sigma. Et le 24-70 mm Sigma (1300€) n’existe pas en monture Z Nikon. Idem pour le 70-200 mm. Impossible de cautionner cette approche de Nikon. C’est la même chose chez Canon au passage : marque exclue d’office.
Et Fuji ? J’aurais aimé pouvoir partir sur un GFX parce que j’adore la colorimétrie des Fuji (c’est ma marque de boîtier APS-C pour le perso), mais hors de portée financièrement.
L’autre point qui m’a bloqué avec Nikon, c’est que le Z8 n’a pas d’obturateur. Pour l’avoir essayé, j’ai été déstabilisé par le fait de ne pas ressentir la photo. Le bruit de l’obturateur, c’est une chose (Nikon le remplace par un son numérique). Mais la petite vibration qui se propage jusqu’aux mains dans le boîtier est, elle, irremplaçable. Bref, j’ai pris ma décision : je pars chez Sony, avec un A7R V !
La grosse différence, c’est la polyvalence de l’AF et le confort de la détection des visages / yeux. Sur le D850, deux systèmes cohabitent : la détection de contraste (visée à l’écran, appelée Live View chez Nikon) et la détection de phase (visée reflex). Différence de génération oblige, un monde sépare le Live View du D850 et l’AF de l’A7RV (détection de contraste sur écran comme EVF).
Et même en visée reflex, l’AF à détection de phase est certes ultra rapide mais véritablement précise qu’en collimateur central. Obligé de décadrer, faire le point et recadrer. Sur l’A7RV, l’AF est rapide et efficace dans tout le champ (79% du cadre précisément). La détection des yeux en portrait change la donne : plus besoin de stresser sur la mise au point (subtile quand on shoote souvent grand ouvert), on peut se concentrer sur le reste (cadre, lumière, pose, etc.). Et l’EVF est un régal !
En reportage, quand il y a plusieurs visages dans le champ, l’appareil donne l’impression de comprendre sur qui on veut le focus, l’AF reste rivé sur la personne (malgré les autres autour) c’est presque magique. Est-ce que c’est la puce IA dédiée ? Je ne sais pas mais c’est bluffant !
Autre aspect qui s’est grandement amélioré : la connectivité du boîtier. L’application Nikon était un calvaire sur le D850, avec l’A7RV c’est super simple de se connecter et de piloter l’appareil à distance. J’imagine que le Z8 a connu ces mêmes progrès. Mais venant d’un D850, l’écart de génération est flagrant. C’est super pratique quand je veux tester un setup avant que le client n’arrive par exemple.
Dernière nette amélioration : l’écran. Pas en termes de résolution, l’écran du D850 étant encore un cran au-dessus dans ce domaine. Mais l’articulation sur l’A7RV offre une ergonomie imbattable. Ainsi qu’une sécurité bienvenue : quand on range l’appareil, on rabat l’écran pour le protéger des rayures.
Les 61 Mpix de l’A7RV apportent un gain significatif de résolution par rapport aux 47 Mpix du D850. Un confort sur du recadrage ou bien pour des projets qui demandent des pixels à foison. Maintenant, la résolution du D850 m’allait bien dans la plupart des situations. Et le poids des ARW environ 40% supérieur aux NEF apporte une contrainte importante sur le stockage. On peut paramétrer les RAW une taille en dessous mais on passe alors à 26 Mpix, et ce n’est plus assez ! Hey Sony, ça ne devrait pas être bien compliqué de laisser paramétrer la résolution qu’on veut ?
Autre atout relatif : l’A7RV est plus « compact » que le D850, les objectifs qui vont avec aussi. Globalement mon Peak Design Everyday Backpack est plus léger et mon dos s’en réjouit. Toutefois en termes de prise en main, le D850 était plus facile et confortable à agripper (y-compris avec mes petites mains). L’A7RV a une poignée anguleuse, qui offre une tenue plus crispée. L’accès à certains boutons n’est pas toujours évident. Aussi l’écran de contrôle sur le dessus me manque un peu…
Enfin l’A7RV offre une palette importante de paramétrage des menus et des boutons. C’est bien, mais ça nécessite un temps d’adaptation avant de trouver ses aises. Et certains raccourcis sont assez mal placés.
Le point qui m’a demandé le plus de ré-adaptation, c’est le travail de la colorimétrie. Je n’aimais pas spécialement les profils Nikon, mais avec le générique Adobe Couleurs, j’arrivais à obtenir ce que je voulais. C’est moins le cas sur l’A7RV ou alors avec plus de boulot (fait accentué par une balance des blancs automatique plus imprévisible). Et les profils Sony sont trop violent à mon goût. Pour tout dire, je tâtonne encore un peu et regrette à chaque fois que j’édite du Fuji de ne pas pouvoir rapatrier les profils sur des RAW Sony avec un simple copier-coller…
Dernier point enfin, plus sous la forme d’une interrogation que d’une découverte : est-ce que ce boîtier est construit pour durer, comme le D850 ? En théorie oui, c’est le même positionnement dans la gamme et l’obturateur est par exemple garanti 500 000 déclenchements (contre 200 000 sur le D850). Mais je n’arrive pas à m’empêcher de douter de la solidité du boîtier et des boutons quand j’ai l’appareil entre les mains…
Changer de constructeur, c’est acheter un nouveau boîtier, des nouveaux objectifs… mais aussi une nouvelle carte mémoire, des batteries de rechange + chargeur, un nouveau déclencheur de flash, un nouveau cobra, peut-être des nouveaux filtres si les diamètres des objo ont changé… Rien d’anodin ! Après c’est un outil de travail, censé durer…
Pas de regret à ce stade, parce que je prends davantage de plaisir à photographier avec l’A7RV, même si l’editing est plus exigeant. J’utilise encore régulièrement mon Fujifilm X-S20 avec un 35mm f0,95 Mitakon et je me dis que c’est quand même dommage que Fuji ait renoncé à venir sur le marché du full frame. Ils ont des superbes optiques, une monture ouverte, la colorimétrie la plus esthétique (c’est parfaitement subjectif mais bon…), des boîtiers de qualité… Mais pour un usage pro / studio, la gamme X manque de dynamique, tandis que la gamme GFX c’est l’artillerie lourde et hors budget.
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Aurélien AUDY
Au2 PhotoActualité et couverture événementielle